Camille Pascal

Mon parcours

Je suis née en 1992 et j’ai passé mon enfance dans le plus bel endroit sur terre, une maison à flanc de montagne et forêt où l’on entend le bruit d’un ruisseau qui chante l’été et où l’hiver est tellement féérique que l’on peut faire de vrais igloos (souvenir d’enfance à peine embelli). Bien que ma famille ne soit ni musicienne ni philosophe, je garde profondément ancrés en moi les souvenirs de dimanches matin où la maison s’éveille au rythme des CDs que mes parents aimaient écouter et de la bibliothèque aux livres dorées de mon grand-père où je voyais écrit des gros mots comme l’absolu, la conscience ou encore la croyance.

 

Mon attirance pour ces deux disciplines s’est révélée tôt. Ma mère m’inscrit à ma première chorale à l’âge de 6 ans et commence alors une recherche incessante d’occasions de chanter. Comptines pour enfant, chansons de mariage tout est bon pour m’exercer.

Par ailleurs, je cultive très modestement un intérêt pour l’éthique : je crée un super système pour mettre la table qui permet de répartir les couverts plus ou moins dangereux en fonction de l’âge et de l’adresse de chacun des membres de ma famille (il y avait des couteaux ronds, à dent, à lame ou à pic).

 

Ma passion pour le chant et mes questionnements philosophico-introspectifs vont en grandissant. Je continue assidûment la chorale et ma voix se développant je rejoins le Chœur Marie de Bourgogne dirigé par Aude Patru qui m’a aidé à assumer ma voix et à développer une relation douce avec mon chant. Cette période est l’occasion de travailler des répertoires polyphoniques lyriques et jazz

2010 marque la découverte de la philosophie et l’année du choix de l’orientation post-bac. Ah! la philosophie. J’attendais avec impatience cette découverte en pensant que ça allait être LA révélation de ma vie. Une révélation ça a été, il y a donc plein de personnes qui parlent de toutes ces pérégrinations réflexives que j’ai. Mais, il me manque quelque chose. Quoi, j’ai mis des années à le comprendre. Puis il y a toujours le chant, mon ancrage corporel, les ondes qui me rendent vivante. M’orienter dans la musique j’en rêverais mais je suis alors beaucoup trop empreinte de mes conditionnements sociaux « la musique doit rester un loisir, on ne gagne pas sa vie en chantant ». Je choisis la philosophie. J’entre en prépa au Lycée du Parc à Lyon. Commence une période de deux ans de profonde déception où l’enfant autodidacte et créatif que j’étais ne nourrit plus ni son désir d’apprentissage ni son besoin d’épanouissement. Durant cette période je crée mon petit échappatoire, une chorale avec laquelle je fais mes premiers pas dans la conduite d’un groupe. C’est aussi l’occasion pour moi de mettre en partition les polyphonies orales que nous travaillons.

Je lis beaucoup. Les classiques de la littérature, du théâtre et de la poésie. Et je pense. A ce que je lis, à ce que je vis, à ce que vois. J’analyse, j’essaye de faire sens. Je crée toujours des systèmes dans ma petite tête. Il y a celui du groupe : dans un groupe les individus incarnent différents rôles et chacun.e est plus ou moins adaptable à un rôle (je découvrirai plus tard que ce sujet a été travaillé par certain.e.s psychologues, ah ba voilà c’est bien que ça existe !). Il y a celui des émotions : l’émotion est en grande partie la manière dont je perçois une situation, si je rejoue la scène dans ma tête de multiples fois, l’émotion va en grandissant, si je pense à autre chose et que je reviens ensuite à la scène, l’émotion diminue et j’ai plus de moyens (rien de révolutionnaire mais ce petit truc m’aide encore tellement au quotidien… !). Des systèmes comme ceux-là il y en a eu beaucoup mais à l’époque cela me dessert plus que ne me sert. Je manque terriblement d’outils pour exprimer et partager tout ce qui se vit à l’intérieur de moi.

 

L’année 2012-2013 est une étape de transition durant laquelle j’intègre l’Université Jean Moulin Lyon III en philosophie et me forme en parallèle en chant lyrique auprès d’Anne-Mayeul de Soras qui contribue à me montrer la voie de la spontanéité et du lâcher-prise. La même année je m’intéresse au théâtre d’improvisation. Le concept me plaît. Est-ce qu’il n’y aurait pas la même chose sur le travail du chant ? Une recherche google et je trouve le profil de Gaël Aubrit qui donne alors des ateliers à Arts en scène. J’y vois les mots improvisation vocale et circlesong, je n’ai aucune idée de ce à quoi m’attendre mais je sens un appel au renouveau. Je m’inscris.

Mon premier contact avec le chant improvisé a été explosif, je mets un pied au centre du cercle et dirige ma première circlesong : une décharge de joie, une libération d’endorphines, une connexion directe à mon corps, mon cœur, mon esprit et aux autres, LA révélation. Nous y voici. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer mais il est évident pour moi que je viens de trouver une clé avec laquelle je vais pouvoir ouvrir une multitude de portes et naviguer de pièce en pièce.  

Les années qui suivent, 2013-2017, sont des années de profonde transformation au cours desquelles je comprends pour le première fois ce que je recherche depuis tant d’années dans le chant et la philosophie : la connexion, avec moi-même et avec les autres. Je me mets en quête de cette connexion humaine.

Dans le domaine du chant, je découvre l’initiative Chant pour Tous lancée par Gaël Aubrit et Simon Reina Cordoba et je m’y implique en animant des événements à Toronto et à New York au cours de mes différents séjours universitaires.

J’intègre Improvie la formation de trois ans en chant improvisé de Gaël Aubrit qui m’a accompagnée dans un intense travail d’approfondissement de ma voix et de développement à la fois musical, personnel et relationnel.

Dans le domaine de la philosophie, je me tourne de plus en plus vers la théorie politique et sociale en quête d’une meilleure compréhension des liens sociaux et des enjeux du vivre-ensemble. Je donne mes premiers cours de philosophie à l’Université de Toronto et cette expérience vient confirmer un sentiment que j’avais déjà éprouvé lorsque je donnais des cours particuliers : je suis fascinée par l’apprentissage et la manière dont une information est reçue et appropriée par l’apprenant. Que de profils nous avons, nous, les êtres humains, et combien géniaux et complémentaires nous sommes ! Je décide de faire une thèse en philosophie et obtiens un poste d’attachée temporaire de recherche et d’enseignement (ATER) à l’UCLouvain en Belgique.

Je m’ouvre à de nouveaux domaines. Je découvre la Communication NonViolente (CNV) de Marshall Rosenberg et Isa Padovani dans la formation Improvie où elle y était intégrée. Un autre bouleversement dans mon système : la philosophie telle que je l’ai toujours vue et recherchée, et jamais trouvée dans le monde universitaire. La sagesse du cœur en union avec l’esprit logique de la philosophie. Une voie qui m’apparaît plausible pour résoudre toutes les interrogations des philosophes politiques sur le mariage du collectif et de l’individuel. Je me nourris au départ des vidéos de Marshall et d’Isa avant de me lancer dans les formations données par les formateur.rice.s certifiés en CNV.

Je découvre presque par hasard le yoga avec celle qui restera mon guide corporel pour quelques années, Adriene Mishler (Yoga with Adriene). Cette pratique marque le début d’un long chemin de guérison avec mon corps et le mouvement. Pour la première fois, je regarde ce véhicule élancé et menu qui m’a été donné comme un engin puissant et beau capable de danser et de traduire mes rêves sur l’air. Cette pièce manquante, le corps, avec lequel j’étais en contact timidement avec ma voix jusqu’à maintenant, devient progressivement un élément central de ma pratique, un point de contact entre le cœur et l’esprit. Les pièces sont ouvertes, ne reste « plus qu’à » y naviguer librement. La quête continue.

Je m’installe à Bruxelles fin 2017. J’initie Chant pour tous / Bruxelles puis un an plus tard Circle Singing and Vocal Improvisation / Belgium. Je lance Immersion Circlesong, une formation d’un an à la circlesong, ainsi qu’une série de stages. En quête d’inspiration et de toujours plus de jeu vocal, je suis des stages avec de nombreux professeurs tels que Rhiannon, Roger Treece, Tiago Grade, Roberto Demo, Christophe Boyer, ainsi qu’avec Bobby McFerrin à l’Institut Omega aux USA.  Je suis une année de formation de formateur avec Gaël Aubrit. Je m’ouvre également à deux nouveaux domaines, le Tao du féminin sacré (Aïsha Sieburth) et l’Intelligence collective (Humans in Colors), qui s’ajoutent à ma palette d’ingrédients enchantés.

En 2020, après 3 ans passées sur Bruxelles et à l’UCLouvain, je décide de sortir du milieu universitaire pour me consacrer à une transmission de la philosophie plus en cohérence avec ma vision de la discipline et avec ce qui fait sens pour moi, et de revenir à mon environnement naturel, les montagnes. Je prends donc le large ou plutôt l’ascension vers les Alpes. Mon activité est aujourd’hui répartie entre la Belgique et la France où je propose régulièrement des stages, des chants pour tous et des jams diverses à l’identité hybride où je teste différentes recettes pour créer des ponts entre corps, cœur et esprit ; pour créer de la connexion humaine. A la fin de l’année, je crée Le Cercle Enchanté, une version grande échelle et collaborative de mon petit rêve solitaire.